Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog dédié aux sciences humaines & sociales et à l'actualité politique, dans une orientation philosophique

Publicité

Que proposent les candidats face à la crise de l'université ?

Extrait du compte rendu du chat de Michel Kaplan, ancien vice-président de la conférence des présidents d'université (CPU), pour Le Monde, le 4 avril 2007.

Yannick de Grenoble : A partir de la demande de la conférence des présidents d'universités exprimée en 2006 (3 milliards d'euros), les candidats se livrent à une escalade vertigineuse. On pourrait en être à 9 milliards pour l'enseignement supérieur. Ces chiffres vous semblent-ils réalistes ?

Michel Kaplan : Ça fait toujours plaisir à un ancien président d'université de voir que les candidats vont au-delà de ce que les présidents d'université réclament. Le seul que je peux juger en situation de façon récente, c'est Nicolas Sarkozy, qui était ministre des finances au moment du mouvement des chercheurs et qui a déclenché ce mouvement en supprimant des emplois. Cela rend sa crédibilité plus faible. La seule chose dont on peut se réjouir, c'est de cette unanimité à reconnaître l'enseignement supérieur et la recherche comme une priorité nationale. Le problème par la suite, c'est non seulement le niveau réel des crédits, mais aussi ce qu'on va en faire. Le parti qui a été pris par la récente loi sur la recherche est de n'augmenter les crédits que sur programme. Résultat : les meilleurs chercheurs passent plus de temps à remplir des imprimés qu'à faire leurs recherches. J'ajoute qu'une partie des découvertes scientifiques vient de la recherche fondamentale sans qu'on puisse forcément savoir où cela va déboucher. Cela ne peut pas répondre à un appel d'offres, puisque par définition on ne sait pas où on va. En ce qui concerne les crédits pour l'enseignement, ils sont évidemment nécessaires, puisque les universités françaises sont sous-dotées par rapport aux pays correspondants. Tout le problème est de savoir comment ils seront utilisés. Y aura-t-il des investissements de fonds, des constructions et rénovations de bâtiments ?

Fulbert M : Croyez-vous Nicolas Sarkozy quand il dit que l'enseignement supérieur et la recherche seront une priorité absolue, qu'il donnera une autonomie réelle aux universités et créera des campus universitaires de réputation mondiale ?

Michel Kaplan : Renforcer le niveau des universités, je ne peux qu'être d'accord. C'est facile d'écrire des phrases visionnaires. L'ancien président d'université que je suis ne peut que se réjouir de la conversion de Nicolas Sarkozy à la priorité à l'université. Mais que ne l'a-t-il fait lorsqu'il était ministre de l'économie et des finances ?

erasmus : Nicolas Sarkozy veut créer des filières d'excellence: les meilleurs élèves de chaque lycée (5 %) vont en classe prépa, c'est peut-être une bonne idée mais n'est-ce pas priver l'Université de ses meilleurs élèves et augmenter le fossé entre grandes écoles et universités. Qu'en pensez-vous ?

Michel Kaplan : La réponse est dans la question. Et la réponse est exacte. Cela a des conséquences graves dans la mesure où le pays a besoin de former des chercheurs de haut niveau, et que c'est bien à travers les études universitaires, et pas à travers les grandes écoles, qu'on dirige les meilleurs vers la recherche.

rim : Je lis dans le programme de Ségolène Royal qu'elle veut augmenter le budget des universités pour qu'il soit dans la moyenne des pays de l'OCDE. 1) Il est donc pour le moment inférieur ? 2) Elle fait une multitude de promesses, de belles promesses, peut-elle les financer ?

Michel Kaplan : Le financement des universités est très fortement inférieur à la moyenne de l'OCDE. La moyenne en France, c'est 6 000 euros pour les universitaires, les autres pays à 12 000 euros. Si on veut, on peut. Les programmes des candidats dégagent-ils des moyens suffisants pour financer l'enseignement supérieur et la recherche ? Je ne peux pas vous le dire. Où va-t-on prendre l'argent ? Un universitaire ne peut pas répondre à cette question.

rimiel : Que pensez-vous de la proposition de François Bayrou de supprimer l'ENA ?

Michel Kaplan : Ça pourrait être une mesure symbolique. Aurait-on pour autant un système de recrutement des hauts fonctionnaires de meilleure qualité et plus juste ? Ne serait-il pas plus intelligent de réfléchir sur les modalités de recrutement d'une école de la haute fonction publique ? Et enfin, ne faut-il pas s'interroger sur la formation même reçue à l'ENA ? C'est-à-dire : l'ENA ne pourrait-elle pas être également une école où la formation se ferait en partie par la recherche ?

Richard Robert : Les trois principaux candidats évoquent tous une plus grande autonomie des universités, ce qui est également le souhait de la CPU. Font-ils des propositions plus précises sur ce que cela peut impliquer en termes de gouvernance, d'une part, de financement (augmentation des frais d'inscription, diversification) d'autre part ?

Michel Kaplan : Non, ils se gardent bien de faire des propositions plus précises. Les trois candidats disent des choses assez voisines sur la gouvernance des universités. Nicolas Sarkozy, de façon plus claire, mais aussi plus limitée, propose à des universités qui seraient volontaires une plus grande autonomie. Et l'ensemble des présidents d'université ne sont pas tout à fait d'accord, car ils estiment que la loi doit s'appliquer de la même façon pour toutes les universités. Dans le discours, Ségolène Royal est, sur ce plan-là, d'une certaine prudence. Tout le monde dit "autonomie", mais personne ne prononce le mot fondamental qui est que les universités disposent de leur budget global et de leur patrimoine.

 


 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article